Opération nettoyage XXL: aux côtés de RailClean CFF à la Street Parade.

Samedi, 18h30, Zurich gare centrale: il règne une chaleur accablante à notre point de rencontre, où les rayons du soleil embrasent la grande façade vitrée. Chaque train et chaque escalator déversent un flot sans fin de visiteurs. Jeunes et vieux défilent devant nous; souvent en tenue ultra légère, les cheveux multicolores. Il y a surtout beaucoup de bruit. Des baffles mobiles crachent des beats techno, qui se mêlent au joyeux brouhaha des visiteurs pour former un grondement assourdissant. La Street Parade bat son plein.

Près d’un million de personnes se retrouvent sur les rives zurichoises pour participer à la fête techno. Une grande partie d’entre elles s’y rend avec l’un des plus de cent trains de nuits et trains supplémentaires mis à disposition. Et bien sûr, tous ces voyageurs laissent des traces de leur passage dans la gare. Insensible au tumulte ambiant, la Nana de Niki de Saint Phalles (l’ange gardien des voyageurs), flotte au-dessus de nos têtes. Avec ses reflets multicolores, elle paraît faire partie de la Street Parade. Mais en réalité, la Nana aux formes généreuses marque notre point de rencontre. Car nous ne sommes pas là pour faire la fête. Nous accompagnons ce soir les équipes RailClean CFF lors du nettoyage d’une gare complètement sens dessus dessous.

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Traversée de la gare au pas de course.

Dominique nous accueille avec un sourire. «Vous avez mis de bonnes chaussures? Bon, alors, allons-y!» Domine est cheffe d’équipe chez RailClean. Elle fait partie des 400 collaborateurs qui veillent chaque jour, de l’aube au crépuscule, à la propreté des gares. La mission de RailClean est loin de se limiter au nettoyage des sols et au vidage des poubelles. La conciergerie, le retrait des graffitis de même que le service hivernal dans les gares relèvent également de sa responsabilité.

Dominique nous emmène au pas de course. Sur notre chemin, nous rencontrons à plusieurs reprises des équipes de deux personnes, en veste orange à bandes réfléchissantes, qui nettoient les sols, collectent les déchets et se chargent des toilettes dans la gare et l’Europaallee. «Les gens pensent que nettoyer un peu n’est pas bien difficile.» Pourtant, le métier d’agent de propreté nécessite une formation complexe et des connaissances techniques poussées. Nous constatons rapidement que ce métier exige aussi un excellent sens de l’organisation: Dominique répond à des questions au téléphone et donne des instructions par talkie-walkie (les équipes communiquent par liaison radio), tout en se penchant régulièrement pour ramasser des déchets.

Notre rencontre avec Glutton, Jonas et Juma.

La visite du local abritant l’équipement de nettoyage nous permet d’en apprendre plus sur le matériel utilisé. Nous y découvrons des palettes d’essuie-tout, de papier toilette et de produits de nettoyage, mais aussi une flotte de véhicules impressionnante. Et c’est ici que nous faisons la connaissance de «Glutton», l’aspirateur géant. Un véritable goinfre qui ingurgite sans aucune difficulté mégots, restes de hamburgers et emballages de chewing-gums, en les aspirant dans sa longue trompe. Nous rencontrons également «Jonas», qui n’est pas un collègue de Dominique mais un appareil destiné au nettoyage à sec des sols. Nul doute que le «Kärcher B 250 R Bp», utilisé pour le lavage des sols souillés de dépôts collants, devra plusieurs fois entrer en action cette nuit pour venir à bout de toute la bière renversée dehors. Quant à la machine de nettoyage Juma Rotomac 360, elle parvient même à extirper les chewing-gums coincés dans les rainures des escalators.

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«Criiitch.» Le talkie-walkie de Dominique émet un grésillement. La centrale de surveillance signale une grosse flaque sur le quai 33/34, dans le secteur B. Dominique demande immédiatement à l’une des équipes de nettoyage de se rendre sur les lieux. Dans quelques minutes, la flaque aura disparu.

Un samedi normal, 18 personnes travaillant par roulement assurent la propreté de la gare. Mais le jour de la Street Parade, elles sont plus d’une cinquantaine. Impossible de relever le défi sans faire appel à des collaborateurs temporaires. Ces derniers sont équipés de gants, de lunettes de protection et d’une pince de préhension, et apportent leur soutien aux collaborateurs de RailClean.

Les champions du recyclage.

Les stations de recyclage installées l’an dernier dans la gare centrale de Zurich sont vidées trois fois par jour. Autre point positif: les voyageurs trient correctement la quasi-totalité des matériaux valorisables. Ainsi, 750 tonnes de journaux, bouteilles en PET et canettes d’aluminium sont recyclés chaque année, au lieu de finir leur vie, comme autrefois, dans les installations d’incinération des déchets urbains.

Précisons d’ailleurs qu’en Suisse, 38 000 tonnes de déchets sont ramassées chaque année dans les gares. Soit 94 tonnes par personne, sur la base de 400 collaborateurs. Cela signifie donc que chaque collaborateur collecte environ 260 kilos de déchets par jour.

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L’endroit le plus propre de Zurich.

Nous faisons la rencontre de Giezel dans le Passage Löwenstrasse, sans doute l’endroit le plus propre de Zurich durant la Street Parade. Alors qu’il nous montre son chariot de nettoyage, un groupe de personnes déguisées en animaux nous dépasse en courant, pour s’engouffrer dans le prochain RER à destination de Stadelhofen et se plonger bientôt au cœur de la Street Parade. Les gens demandent souvent leur chemin à Giezel: «Où se trouve le Burger King?» «Prenez les escaliers, il est à gauche.» Le travail chez RailClean exige vraiment une grande polyvalence.

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Sols en marbre clair, lumière vive, murs blancs: est-ce qu’il ne serait pas parfois plus agréable de travailler dans une gare où l’on ne remarque pas immédiatement la moindre tache? «Non, les voyageurs doivent se sentir le mieux possible dans la gare», me répond Dominique. Même ici, dans un endroit souterrain, la grande luminosité et les couleurs claires ont en effet permis de créer une atmosphère conviviale. «Et puis, le sol est vraiment très pratique à nettoyer» ajoute-t-elle, les yeux aussi scintillants que les murs blanc neige.

La fête est finie.

À 22h, la musique techno cesse de résonner dans les rues zurichoises. Certains continuent la fête dans les clubs, pendant que d’autres rentrent chez eux en train. Notre mission touche également à sa fin et nous traversons une dernière fois la gare. Épuisés, les pieds douloureux, des ravers sont assis à moitié groggy sur le sol. Ils y laissent également leurs déchets. Mais Aniba est déjà à l’œuvre et sillonne stoïquement, en compagnie de «Jonas», le hall principal.

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Pour Dominique, Giezel, Peter, Lulu, Aniba, Samuel et tous les autres, l’intervention est loin d’être terminée. Ils travailleront encore jusqu’aux premières heures du jour. Et le dimanche matin, au terme de cette opération de nettoyage XXL, la gare aura retrouvé son visage habituel.

 

Photos: Severin Bigler, Keystone

 

 

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